Roman LE BUT ULTIME : interview du site football.fr

Homme de médias, Gilles Bojan a eu le privilège, chaque matin, de réveiller des millions d’auditeurs et de les faire vibrer. France Bleu, RFI, RFO, France Inter, RTL, sa voix chaude et envoûtante, alliée à son professionnalisme et à sa passion, lui ont ouvert les portes des plus prestigieuses stations de radio françaises. Passionné d’écriture et de football depuis sa plus tendre enfance, il revient avec un étonnant roman élaboré dans cet univers de football, de voyages, et d’aventures humaines: Le but ultime. Entretien.

Homme de médias, Gilles Bojan a eu le privilège, chaque matin, de réveiller des millions d’auditeurs et de les faire vibrer. France Bleu, RFI, RFO, France Inter, RTL, sa voix chaude et envoûtante, alliée à son professionnalisme et à sa passion, lui ont ouvert les portes des plus prestigieuses stations de radio françaises. Passionné d’écriture et de football depuis sa plus tendre enfance, il revient avec un étonnant roman élaboré dans cet univers de football, de voyages, et d’aventures humaines: Le but ultime. Entretien.

Gilles Bojan, les romans ayant pour cadre le monde du football sont assez rares. Pourquoi avoir eu envie d’écrire autour de ce monde?
Je fais vraiment partie des gens qui sont tombés dans le monde du football étant petit. Mon grand frère qui m’a transmis virus du foot. Il était supporter des Girondins de Bordeaux. C’est une équipe qui n’avait pas beaucoup de chances à l’époque et dont je me suis pris d’affection. Ça a démarré comme ça. Je vous parle d’une époque où il y avait un match télévisé tous les six mois (rires). Je me suis intéressé très tôt au foot et j’y ai joué tout naturellement. Je faisais semblant de commenter des matches quand je jouais également. C’est quelque chose de fusionnel. C’est resté au point qu’aujourd’hui encore, quand il y a un match quelque part, que ce soit des jeunes ou des vétérans, je m’arrête pour les voir jouer. Je supporte toujours mon équipe, je lis la presse spécialisée, je regarde toutes les émissions. Je suis à fond dedans.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce roman?
Ce qui m’a donné l’idée, c’est que j’adore le fait que le public du monde du football se soit élargi. Je pense qu’il y a eu un phénomène après France 98. Ca a ouvert considérablement le monde du football, pas seulement à des gens qui lisent, même s’ils lisent la presse spécialisée. D’autre part, j’avais vraiment envie de raconter une aventure humaine, parce que le football c’est un sport d’équipe. Malgré toutes les affaires un peu tordues qui inondent ce milieu, je trouve ça fabuleux qu’il y ait toujours cette notion humaine, fraternelle, entre 11 joueurs sur le terrain. Et comme il y avait eu très peu de romans, voire pas du tout, sur le monde du football, ça ma donné envie d’écrire cette histoire.

Ce n’a pas été trop difficile d’écrire un roman sans pouvoir comparer avec d’autres œuvres?
Non, les lecteurs s’en rendront comptent par eux-mêmes. L’histoire de ce parcours initiatique est émaillée de rencontres de football qui marquent une vie, une carrière. Les matches sont également racontés comme des nouvelles avec un mélange de commentaires comme à la radio. J’ai essayé d’adopter ce ton, dans lequel j’ai baigné depuis tout petit. Ça m’a également paru intéressant de raconter une vraie histoire, car c’est une histoire et chaque aventure sportive c’est avant tout une aventure humaine Ce sont des histoires, des itinéraires de vie, c’est ça qui m’intéressait. C’était vraiment raconter le football, cette passion, à travers un itinéraire.

Sur quoi vous êtes vous appuyé pour écrire? De votre expérience personnelle, de témoignages?
C’est un peu un mélange de tout ça. Bien sûr, il y a des souvenirs d’enfances, mais aussi de mes sensations de footballeurs, puisque j’ai eu la chance de jouer jusqu’en Junior. Je me suis aussi inspiré de joueurs issus de la génération « black-blanc-beur ». Alors qu’il est beaucoup question de la notion d’identité nationale, ça m’a intéressé de prendre le parti de raconter l’itinéraire d’un jeune marocain. Ca pourrait être un Marouane Chamakh, ou d’autres joueurs francophones d’origine maghrébine, comme Benzema ou Ben Arfa.

Dans Le but ultime, le héros est un jeune homme issu des banlieues. Ce n’est pas un peu trop cliché?
Cela peut être considéré comme un cliché, évidemment, car c’est fréquent dans le milieu du football. Mais c’est tellement fréquent qu’on le raconte peu. Vous savez, ces gens là s’expriment deux minutes à la fin d’un match avec tous les stéréotypes que le vocabulaire footballistique comprend. Je pense qu’il y a d’autres choses dans leur vie. Le cliché ça aurait été le conte de fées avec le petit gamin qui gagne des millions, qui est heureux avec beaucoup d’enfants. Ce qui n’est pas le cas dans Le but ultime. Kamel Ben Taïfa a vraiment une vie semée d’embûches. Le parcours aujourd’hui de ces gens là peut être aujourd’hui chaotique. C’est plutôt une réflexion sur la façon de rebondir, sur les solutions du bonheur qu’on a quelques fois devant notre nez et qu’on ne sait pas saisir.

Sur quelle période avez-vos préféré vous arrêter?
Curieusement et sans vouloir dévoiler l’œuvre, la période où il se retrouve en énorme difficulté physique dans sa vie sportive et personnelle me semble la plus intéressante. Car aujourd’hui, les footballeurs de haut niveau sont énormément décriés par la démesure des salaires, leur condition sociale, mais au bout du compte, il y a quand même une certaine précarité dans une vie de footballeur. Certes il a des Ronaldinho ou d’autres Ronaldo qui sortent des favelas brésiliennes et qui connaissent le succès. Mais on a vu aussi énormément de carrière s’écrouler pour une blessure, une vie qui part un peu en friche et pour des gens qui perdent un peu tous leurs repères.

« Abasourdi par l’hypocrisie des gens« 

Le héros se permet au début de l’œuvre de refouler un recruteur du PSG. Est-ce un tacle pour le club de la capitale, qui n’est pas capable de repérer les futurs talents?
Non pas du tout. Soyons clairs, je n’ai rien contre le PSG, qui est un club que j’adore. J’ai choisi le PSG car Kamel Ben Taïfa est originaire de l’Essonne et la plupart de ces joueurs, normalement, sont censées faire leurs premières armes, quand ils sont repérés, dans le club le plus proche géographiquement, ce qui n’est pas toujours le cas. J’ai voulu éviter le cliché, car c’est tellement un parcours indiqué de sortir d’un petit club de banlieue parisienne et d’être repéré par le PSG. Donc là, c’était vraiment du fait de la proximité géographique, c’était juste un clin d’œil. Ce n’est absolument pas en rapport avec les qualités de détection du PSG.

Le passage où il est question des Bleus est un peu lié avec l’actualité du moment, puisque le héros mène une vie dissolue. Il aurait également pu se rendre au Café Zaman, non? Que pensez-vous de cette histoire?
Je suis tout à fait abasourdi, stupéfait, qu’on se rende compte au bout de 50 ou 60 années de football professionnel à quel point on peut être hypocrite. On ne va pas me faire croire qu’en 2010 on apprend que certains footballeurs ont des relations avec des professionnelles de l’amour, pour dire les choses comme ça. Ça a de tout temps existé, pas seulement dans le football. Évidemment il y a le fait que la personne dont il est question était mineure au moment de l’affaire, ce qui est plus grave. Mais vous savez, quand on voit l’allure de cette fille, on n’est pas persuadé que ce soit une sainte ni touche non plus…Malheureusement, ça fait partie des dérives du sport de haut niveau et des enjeux financiers qui y sont attachés. Personnellement, ce n’est pas une découverte, donc je ne suis ni profondément choqué, ni surpris. C’est juste dommage. Mais à un moment donné il faut peut-être s’occuper de ces histoires là, comme on s’est occupé du hooliganisme ou du dopage. Ce n’est qu’un épiphénomène au regarde de tous les problèmes qui sont relatifs au football de haut niveau. Mais ce que je trouve superbe, c’est que malgré tout, car c’est aussi le sens de mon livre, on a toujours, quoiqu’il arrive et quoi qu’on en dise, 22 bonhommes qui sont sur un terrain et qui courent après un rond de cuir. Et ça, c’est assez rassurant. C’est-à-dire que le football traverse des crises, les âges, les générations, mais on a toujours des matches et du sport.

Avez-vous un message à faire passer avec ce livre?
Ce serait un peu pompeux et présomptueux. Je pense que tout le monde y trouvera, comme dans chaque parcours initiatique, son message. Moi c’est plutôt une passion et surtout des émotions, car c’est mon moteur dans la vie. L’émotion de saluer un public après une victoire, l’émotion de s’entraider dans la difficulté, dans l’épreuve, de trouver son chemin dans la vie, car c’est aussi ça dont il est question dans mon livre. C’est ça qui me fait courir et qui me préoccupe. Après, il n’y a pas de leçons de morale ou quoique ce soit. Mais simplement, c’est vrai qu’il y a un sens dans la vie de Karim Ben Taïfa. On comprend au fur et à mesure de l’histoire qu’il a lui-même les clés de sa vie, de son avenir et de son bonheur.

Gilles Bojan, merci de nous avoir accordés cette interview.